
Coordination du projet : François-Michel Le Tourneau (CNRS/IRL2034), étude commanditée par la préfecture de Guyane
Résumé du projet
Le Brésil est un des pays au monde les plus touchés par le phénomène de l’orpaillage informel (en anglais artisanal small-scale gold mining ou ASGM), dénommé localement garimpo, avec environ 200 000 personnes employées directement pour l’extraction d’or, de cassitérite ou d’autres métaux rares en Amazonie. Si on s’en tient à la production aurifère d’Amazonie, les institutions d’État estiment à 24 tonnes la production artisanale en 2022, ce qui représente plus du quart de la production totale du pays (chiffres DNPM, 2024).
La situation légale de cette extraction est complexe puisque l’exploitation informelle n’est pas nécessairement illégale, et puisqu’il existe des mécanismes légalisant la production de coopératives d’orpaillages. Récemment, la fin du « principe de bonne foi du vendeur » a profondément modifié les comportements, entrainant probablement une fuite en avant vers la contrebande d’or vers l’extérieur du Brésil, mais ses effets réels sur les zones de production sont encore à investiguer.
En Amazonie, la plus grande partie des régions exploitées par les orpailleurs informels, ou garimpeiros, sont des zones en principe interdites à l’exploitation, comme les territoires amérindiens ou les réserves naturelles de divers types. Dans certains cas (territoire Yanomami, Tapajós, etc.) des ruées rassemblant plusieurs dizaines de milliers d’orpailleurs clandestins se produisent, entraînant des impacts très graves sur les plans environnemental et social. Par ailleurs, la persistance des activités dans certaines régions depuis plusieurs décennies est responsable d’une contamination générale de l’environnement et des populations par le mercure, avec des impacts imprévisibles sur la santé des prochaines générations d’habitants.
Pour cette raison, un important dispositif de lutte a été mis en place, associant les autorités environnementales, les forces armées, les forces de sécurité intérieures fédérales et fédérées, des administrations chargées de protéger les territoires interdits, comme la Fondation Nationale de l’Indien, et des ONG. Si l’intensité des efforts consentis contre l’orpaillage clandestin a fluctué en fonction des visions politiques des gouvernements successifs ou des moyens financiers disponibles, on observe depuis deux ans une reprise considérable des efforts pour contrôler le secteur et pour éradiquer l’activité dans les zones où elle est interdite. Ce dispositif de lutte inclut aussi un versant scientifique, le Brésil étant en pointe dans l’identification des régions de provenance par isotopie des éléments associés et étant en train de mettre en place une « bibliothèque de l’or » cataloguant les signatures de centaines de gisements (programme Ouro alvo).
La politique de lutte déployée par le Brésil est mal connue en Guyane française et en France de manière générale. Dans ce contexte, il semble opportun de proposer une étude en profondeur du dispositif existant, afin de donner une vue plus objective des succès et des difficultés rencontrées, mais aussi des volets judiciaires et fiscaux qui lui sont associés. Cette étude est d’autant plus nécessaire que des recherches préalables ont montré que l’orpaillage clandestin présent en Guyane est totalement connecté à son pendant brésilien, tant parce que les garimpeiros opérant dans le département français sont brésiliens que parce que les flux de personnes entre les deux régions dépendent en partie de l’intensité de la répression d’un côté ou de l’autre.
Participation de l’IRL2034
Le laboratoire Mondes en transition coordonne cette étude et la préparation d’un rapport. Les travaux se dérouleront sur l’année civile 2026, avec des visites de terrain dans les principales zones d’orpaillage d’Amazonie.
